Plan du chapitre. I. Définition d’une rotation — rotation réciproque --- II. Image des figures usuelles par une rotation --- III. Propriétés d’une rotation.
Durée indicative : 4 heures. Prérequis : trigonométrie, produit scalaire, calcul vectoriel, transformations du plan.
Hors programme : expression analytique d’une rotation, coordonnées, composée de deux rotations.
I. Définition d’une rotation — rotation réciproque
Activité 1
Soit O un point fixe du plan orienté et A, B deux points distincts de O.
Construire le cercle de centre O passant par A, puis le point A′ de ce cercle tel que (OA;OA′)=2π[2π].
Construire de même le point B′ tel que OB′=OB et (OB;OB′)=2π[2π].
Comparer les longueurs AB et A′B′, puis les angles orientés (OA;OB) et (OA′;OB′).
Voir la solution
1) Le cercle (CA) de centre O et de rayon OA est tracé. Sur (CA), le point A′ est obtenu en tournant A autour de O d’un angle 2π (sens direct).
2) De même, B′ est l’image de B par la même rotation d’angle 2π autour de O.
3) Les triangles OAB et OA′B′ ont OA=OA′, OB=OB′ et (OA;OB)=(OA′;OB′) (même angle, rotation). Ils sont donc isométriques, d’où AB=A′B′. De plus (OA′;OB′)=(OA;OB)[2π].
Définition (rotation)
Soit O un point du plan orienté et α un réel. La rotation de centre O et d’angle α, notée r(O;α) ou r, est la transformation du plan qui à tout point M associe le point M′=r(M) défini par :
r(O)=O ;
si M=O : OM′=OM et (OM;OM′)=α[2π].
Remarque 1
La rotation r(O;−α) est appelée rotation réciproque de r(O;α). On la note r−1. Pour tout point N du plan :
r−1(N)=M⟺r(M)=N.
En particulier r−1∘r=Id et r∘r−1=Id.
Exemple 1
Soit ABC un triangle isocèle de sommet principal A tel que (AB;AC)=3π[2π]. Soit r=r(A;3π).
Vérifier que r(C)=B.
Construire le point B′=r(B).
Voir la solution
1) Par hypothèse AC=AB (triangle isocèle en A) et (AC;AB)=−3π[2π], donc (AB;AC)=3π[2π]. En appliquant la définition à M=C : AC′=AC et (AC;AC′)=3π[2π]. Le point B vérifie exactement ces deux conditions, donc r(C)=B.
2)B′=r(B) est le point tel que AB′=AB et (AB;AB′)=3π[2π]. On le construit sur le cercle de centre A passant par B, en reportant l’angle 3π à partir de AB dans le sens direct.
Remarque 2
Si α≡0[2π], le centre O est l’unique point invariant par r(O;α). De plus O appartient à la médiatrice de tout segment [MN] tel que r(M)=N.
Si α≡π[2π], alors r(O;α) est la symétrie centrale de centre O.
Si α≡0[2π], alors r est l’identité du plan.
II. Image des figures usuelles par une rotation
Activité 2
Soit (C) un cercle de centre A et de rayon R, et B un point de (C). Soit r=r(I;2π) une rotation (où I est un point donné du plan). On pose A′=r(A), B′=r(B).
Montrer que A′B′=R.
Soit M∈(C) et M′=r(M). Montrer que M′ appartient au cercle (C′) de centre A′ et de rayon R.
En déduire que r((C))=(C′). Que dire de l’image de la droite (AB) ? du segment [AB] ?
Voir la solution
1) La rotation conserve les distances : A′B′=r(A)r(B)=AB=R.
2) De même A′M′=AM=R, donc M′ est sur le cercle de centre A′ et de rayon R.
3) Tout point de (C) a son image sur (C′), et réciproquement (via r−1) tout point de (C′) est l’image d’un point de (C). Donc r((C))=(C′).
L’image de la droite (AB) est la droite (A′B′) ; l’image du segment [AB] est le segment [A′B′].
Propriété 1 (images des figures usuelles)
Soit r une rotation et M, N, E, F des points du plan. Alors :
Figure
Image par r
Droite (MN)
r((MN))=(r(M)r(N))
Demi-droite [MN)
r([MN))=[r(M)r(N))
Segment [MN]
r([MN])=[r(M)r(N)]
Cercle de centre M et de rayon R
cercle de centre r(M) et de même rayon R
Triangle MNE
triangle r(M)r(N)r(E)
Quadrilatère MNEF
quadrilatère r(M)r(N)r(E)r(F)
Exemple 2
Soit ABCD un carré de centre Ω tel que (AB;AD)=2π[2π]. Soit r=r(Ω;2π).
Déterminer r(A), r(B), r(C) et r(D).
En déduire l’image du carré ABCD par r.
Voir la solution
1) Dans un carré, ΩA=ΩB=ΩC=ΩD et les angles au centre consécutifs valent 2π. En tournant de 2π autour de Ω dans le sens direct :
r(A)=B, r(B)=C, r(C)=D, r(D)=A.
2) L’image du carré ABCD est le carré BCDA, c’est-à-dire le même carré (la rotation permute les sommets).
Remarque
Si l’on prend plutôt r(A;2π) avec le même carré orienté, alors r(B)=D (car AB=AD et (AB;AD)=2π[2π]).
III. Propriétés d’une rotation
Propriété 2 (conservation)
Soit r=r(O;α) une rotation. La rotation conserve :
les distances : MN=r(M)r(N) (c’est une isométrie) ;
les mesures d’angles orientés : (MN;EF)=θ[2π]⟹(r(M)r(N);r(E)r(F))=θ[2π] ;
l’alignement, le parallélisme, l’orthogonalité ;
les coefficients de colinéarité : MN=kEF⟹r(M)r(N)=kr(E)r(F) ;
les barycentres (en particulier milieux et centres de gravité) ;
l’appartenance et l’intersection : M∈(F)⟹r(M)∈r((F)).
En particulier, une figure et son image ont la même nature (triangle équilatéral, carré, cercle, etc.).
Propriété 3 (angle et vecteurs)
Si r est une rotation d’angle α et si M, N sont distincts, alors
(MN;r(M)r(N))=α[2π].
En particulier, si α≡2π[2π], alors (MN)⊥(r(M)r(N)).
Remarque 3 (existence d’une rotation)
Soient A, B, A′, B′ quatre points avec A=B et A′=B′. S’il existe une rotation r telle que r(A)=A′ et r(B)=B′, alors nécessairement AB=A′B′.
Réciproquement, si AB=A′B′ et (A,B)=(A′,B′) :
le centre est l’intersection des médiatrices de [AA′] et [BB′] (lorsqu’elles sont sécantes) ;
l’angle vérifie α=(AB;A′B′)[2π].
Exemple 3
Soit ABC un triangle équilatéral tel que (AB;AC)=3π[2π]. Soit D un point de [AB] et r=r(A;3π). On pose E=r(D), F=r(C).
Déterminer r(B).
Montrer que (DE)∥(BC).
Voir la solution
1)AB=AC et (AB;AC)=3π[2π], donc r(B)=C par définition de la rotation.
2) Comme D∈[AB], il existe t∈[0;1] tel que AD=tAB. La conservation du coefficient de colinéarité donne AE=tAC (car E=r(D) et C=r(B)). Alors
DE=AE−AD=tAC−tAB=t(AC−AB)=tBC.
Donc DE=tBC, ce qui prouve (DE)∥(BC) (et DE=t⋅BC).
Exemple 4
Soient ABCD et AEFG deux carrés tels que AB=AE, avec (AB;AD)=2π[2π], (AE;AG)=−2π[2π] et (AB;AE)=−2π[2π] (voir figure). Soit r=r(A;−2π).
Vérifier que r(D)=B et r(E)=G.
En déduire DE=BG et (DE;BG)=−2π[2π], puis (DE)⊥(BG).
Soient I et J les milieux de [DE] et [BG]. Montrer que r(I)=J.
Voir la solution
1) Dans le carré ABCD : AD=AB et (AD;AB)=−2π[2π]. Comme r=r(A;−2π), on a r(D)=B.
Dans le carré AEFG orienté de sorte que (AE;AG)=−2π[2π] et AE=AG, on a de même r(E)=G.
2)r(D)=B et r(E)=G, donc DE=r(D)r(E)=BG. D’après la propriété 3 :
(DE;BG)=(DE;r(D)r(E))=−2π[2π],
d’où (DE)⊥(BG).
3)I est le milieu de [DE], donc r(I) est le milieu de [r(D)r(E)]=[BG], c’est-à-dire r(I)=J.
Méthode
Pour montrer une égalité de longueurs, un parallélisme ou une orthogonalité avec une rotation :
Identifier une rotation r(O;α) adaptée (souvent un sommet d’un triangle isocèle/équilatéral ou le centre d’un carré).
Traduire les hypothèses par r(M)=N.
Appliquer conservation des distances, de l’angle (propriété 3), du milieu ou du barycentre.
ABCD est un carré de centre Ω tel que (AB;AD)=2π[2π]. Soit r=r(Ω;2π).
1) Déterminer r(A) et en déduire r−1(B).
2) Déterminer r−1(C) et en déduire r(D).
Voir la solution
1) Dans le carré ABCD de centre Ω, la rotation r(Ω;2π) envoie chaque sommet sur le suivant dans le sens direct : r(A)=B. Par définition de la réciproque, r−1(B)=A.
2) De même r(B)=C, donc r−1(C)=B. Enfin r(C)=D et r(D)=A.
Exercice 2 — Orthogonalité Facile★☆☆☆☆
Soit ABC un triangle et r=r(A;2π). On pose E=r(B) et D=r(C).
1) Construire les points E et D.
2) Montrer que (DE)⊥(BC).
Voir la solution
1)E=r(B) est défini par AE=AB et (AB;AE)=2π[2π] ; D=r(C) est défini par AD=AC et (AC;AD)=2π[2π].
2) Comme E=r(B) et D=r(C), la propriété de l’angle d’une rotation donne
(BC;r(B)r(C))=2π[2π],
c’est-à-dire (BC;ED)=2π[2π]. Donc (BC)⊥(ED), soit (BC)⊥(DE).
Exercice 3 — Conservation des distances et du milieu Facile★★☆☆☆
Soient A, B, C trois points du plan tels que AB=21AC. Soit O le milieu de [BC]. On pose r=r(O;32π), A′=r(A), B′=r(B), C′=r(C).
1) Montrer que A′B′=21A′C′.
2) Montrer que O est le milieu de [B′C′].
Voir la solution
1) L’hypothèse AB=21AC et la conservation du coefficient de colinéarité par r donnent A′B′=21A′C′.
2)O est le milieu de [BC], donc r(O) est le milieu de [B′C′]. Or r(O)=O, d’où le résultat.
Soit ABC un triangle. On construit, à l’extérieur de ABC, les points D et E tels que ABD et ACE soient des triangles rectangles isocèles de sommets principaux A (droits en A), avec (AB;AD)=2π[2π] et (AC;AE)=2π[2π].
En utilisant la rotation r=r(A;2π), montrer que BC=DE et (BC;DE)=2π[2π].
Voir la solution
Par construction D=r(B) et E=r(C). La conservation des distances donne BC=DE. La propriété de l’angle donne
(BC;DE)=(BC;r(B)r(C))=2π[2π].
Exercice 7 — Symétrie centrale comme rotation Facile★★☆☆☆
Soit ABC un triangle et r=r(C;π). On pose F=r(A).
1) Montrer que C est le milieu de [AF].
2) Soit E le symétrique de B par rapport à C. Montrer que r(E)=B et que AE=BF.
Voir la solution
1)r(C;π) est la symétrie centrale de centre C, donc C est le milieu de [AF].
2)E symétrique de B par rapport à C signifie r(B)=E, donc r(E)=B. Alors AE=r(A)r(E)=FB=BF.
Exercice 8 — Deux carrés adjacents Moyen★★★☆☆
Soient ABCD et ADEF deux carrés situés d’un même côté de (AD), avec (AB;AD)=2π[2π] et (AD;AF)=2π[2π]. Soit G un point de [AB]. Le cercle de centre A passant par G coupe [AD] en H et [AF] en I.
En utilisant une rotation de centre A bien choisie, montrer que DG=HF et CH=EI.
Voir la solution
Soit r=r(A;2π). D’après les orientations des carrés : r(B)=D, r(D)=F et r(C)=E.
Le cercle de centre A passant par G est globalement stable en rayon ; comme r envoie la demi-droite [AB) sur [AD) et [AD) sur [AF), on a r(G)=H et r(H)=I.
r(D)=F et r(G)=H⟹DG=r(D)r(G)=FH=HF.
r(C)=E et r(H)=I⟹CH=r(C)r(H)=EI.
Exercice 9 — Centre d’une rotation Facile★★☆☆☆
Soit ABC un triangle équilatéral tel que (AB;AC)=3π[2π]. Soit r la rotation qui transforme A en B et B en C.
1) Déterminer l’angle α de r.
2) Déterminer le centre Ω de r.
Voir la solution
1) L’angle α de r vérifie α=(AB;BC)[2π]. Dans le triangle équilatéral avec (AB;AC)=3π[2π], on obtient α=32π.
2) Le centre Ω est l’intersection des médiatrices de [AB] et de [BC] : c’est le circumcentre de ABC (égal au centre de gravité, ABC étant équilatéral).
Exercice 10 — Triangle isocèle Facile★★☆☆☆
Soit ABC un triangle isocèle en A tel que (AB;AC)=α[2π] avec α≡0[π]. Déterminer le centre et l’angle de la rotation r telle que r(C)=A et r(A)=B.
Voir la solution
La conservation des distances impose CA=AB, ce qui est vrai car ABC est isocèle en A.
L’angle β de r vérifie β=(CA;AB)[2π].
Le centre Ω est l’intersection des médiatrices de [CA] et de [AB].