Plan du chapitre. I. Projection sur une droite parallèlement à une autre droite — II. Propriétés de la projection — III. Théorème de Thalès et traduction vectorielle.
Dans tout le chapitre, on travaille dans le plan ; les lettres k, x désignent des nombres réels.
I. Projection sur une droite parallèlement à une autre droite
1. Définition
Définition 1 : Projeté d’un point
On considère deux droites (D) et (Δ)sécantes, et un point M du plan.
La droite passant par M et parallèle à (Δ) coupe la droite (D) en un unique point M′. Ce point M′ s’appelle le projeté de M sur (D) parallèlement à (Δ).
L’application qui associe à chaque point M du plan son projeté M′ s’appelle la projection sur (D) parallèlement à (Δ).
Remarque
Si M appartient à (D), alors son projeté est M lui-même : M′=M (c’est le cas du point N de la figure).
Si M=M′, alors la droite (MM′) est parallèle à (Δ).
Les droites (D) et (Δ) doivent être sécantes : si elles étaient parallèles, la parallèle à (Δ) passant par M ne couperait pas (D) (ou serait confondue avec elle).
2. Projection orthogonale
Définition 2
Lorsque (Δ) est perpendiculaire à (D), la projection sur (D) parallèlement à (Δ) s’appelle la projection orthogonale sur (D). Le projeté M′ d’un point M est alors le pied de la perpendiculaire à (D) passant par M.
Exemple 1
On considère un triangle ABC. Construire le projeté orthogonal de A sur la droite (BC) ; on note H ce projeté. Que représente la droite (AH) pour le triangle ABC ?
Voir la solution
On considère un triangle ABC et la hauteur (AH) issue de A (avec H∈(BC)). Le point H est le projeté orthogonal de A sur (BC).
Application 1
On considère un parallélogramme ABCD de centre O. Déterminer :
le projeté de D sur (AB) parallèlement à (BC) ;
le projeté de C sur (AB) parallèlement à (BC) ;
le projeté de O sur (BD) parallèlement à (AC).
Voir la solution
La parallèle à (BC) passant par D est la droite (AD) (car (AD)∥(BC)) ; elle coupe (AB) en A. Le projeté de D est A.
La parallèle à (BC) passant par C est la droite (BC) elle-même ; elle coupe (AB) en B. Le projeté de C est B.
O appartient à la droite (BD) : son projeté est O.
II. Propriétés de la projection
1. Conservation du milieu
Propriété 1
On considère une projection sur (D) parallèlement à (Δ), deux points A et B de projetés A′ et B′, et le milieu I de [AB]. Alors le projeté I′ de I est le milieu de [A′B′].
On dit que la projection conserve le milieu.
2. Conservation du coefficient de colinéarité
Propriété 2
On considère une projection sur (D) parallèlement à (Δ), et quatre points A, B, C, E de projetés respectifs A′, B′, C′, E′. Pour tout réel k :
siCE=kAB,alorsC′E′=kA′B′.
Remarque
La réciproque est fausse : deux vecteurs non colinéaires peuvent avoir des projetés colinéaires (les projetés sont tous sur la même droite (D)).
Cas particulier très utile : si M est le point de la droite (AB) tel que AM=kAB, alors A′M′=kA′B′.
La propriété 1 est le cas k=21 : AI=21AB donne A′I′=21A′B′.
Exemple 2
On considère un triangle ABC et le point M défini par BM=32BC. On note N le projeté de M sur (AB) parallèlement à (AC). Exprimer BN en fonction de BA.
Voir la solution
Par la projection sur (AB) parallèlement à (AC) :
B∈(AB), donc son projeté est B ;
la parallèle à (AC) passant par C est (AC), qui coupe (AB) en A : le projeté de C est A ;
le projeté de M est N.
Comme BM=32BC, la propriété 2 donne BN=32BA.
Application 2
On considère un triangle ABC, le milieu I de [BC] et le point E défini par AE=41AB. On note F le projeté de E sur (AC) parallèlement à (BC), et J le projeté de I sur (AC) parallèlement à (AB).
Exprimer AF en fonction de AC.
Montrer que J est le milieu de [AC].
Voir la solution
Projection sur (AC) parallèlement à (BC) : A a pour projeté A, B a pour projeté C (la droite (BC) coupe (AC) en C), E a pour projeté F. De AE=41AB, on déduit AF=41AC.
Projection sur (AC) parallèlement à (AB) : B a pour projeté A, C a pour projeté C. Comme I est le milieu de [BC], son projeté J est le milieu de [AC] (conservation du milieu).
III. Théorème de Thalès
1. Théorème de Thalès
Théorème 1 : Thalès
On considère un triangle ABC, un point M de la droite (AB) et un point N de la droite (AC). Si les droites (MN) et (BC) sont parallèles, alors
ABAM=ACAN=BCMN.
Exemple 3
Dans la figure ci-dessus, on donne AB=5, AC=4, BC=6 et AM=2, avec (MN)∥(BC). Calculer AN et MN.
Voir la solution
D’après le théorème de Thalès : ABAM=ACAN=BCMN, soit 52=4AN=6MN.
Donc AN=52×4=58 et MN=52×6=512.
2. Réciproque du théorème de Thalès
Théorème 2 : Réciproque
On considère un triangle ABC, un point M de la droite (AB) et un point N de la droite (AC), tels que les points A, M, B soient dans le même ordre que les points A, N, C. Si
ABAM=ACAN,
alors les droites (MN) et (BC) sont parallèles.
Attention
La condition sur l’ordre des points est indispensable : si M∈[AB] et si N est sur la demi-droite opposée à [AC), l’égalité des rapports ne suffit pas.
Exemple 4
On considère un triangle ABC tel que AB=9 et AC=6, un point E de [AB] tel que AE=3 et un point F de [AC] tel que AF=2. Montrer que (EF)∥(BC).
Voir la solution
ABAE=93=31 et ACAF=62=31. Les rapports sont égaux, et les points A, E, B sont dans le même ordre que A, F, C (E∈[AB] et F∈[AC]). D’après la réciproque du théorème de Thalès, (EF)∥(BC).
3. Traduction vectorielle
Propriété 3 : Thalès vectoriel
On considère un triangle ABC et un réel k. On considère le point M défini par AM=kAB et le projeté N de M sur (AC) parallèlement à (BC). Alors
AN=kACetMN=kBC.
Réciproquement, si M et N vérifient AM=kAB et AN=kAC, avec k=0, alors (MN)∥(BC).
Voir la solution
Démonstration. La projection sur (AC) parallèlement à (BC) envoie A sur A, B sur C et M sur N ; la propriété 2 donne AN=kAC. Ensuite :
MN=MA+AN=−kAB+kAC=k(BA+AC)=kBC.
Pour la réciproque, le même calcul donne MN=kBC, donc MN et BC sont colinéaires et (MN)∥(BC).
Remarque
La version vectorielle contient l’information sur l’ordre des points : le signe de k indique si M est du même côté que B par rapport à A (k>0) ou du côté opposé (k<0). C’est pourquoi elle s’applique sans précaution supplémentaire.
Application 3
On considère un parallélogramme ABCD, le point E défini par AE=52AC, et le projeté F de E sur (AB) parallèlement à (BC).
Montrer que AF=52AB et que FE=52AD.
On donne AB=5 et AD=3. Calculer AF et FE.
Voir la solution
On applique la propriété 3 dans le triangle ACB : projection sur (AB) parallèlement à (BC), qui envoie C sur B et E sur F. De AE=52AC on déduit
AF=52ABetFE=52BC.
Comme ABCD est un parallélogramme, BC=AD, donc FE=52AD.
AF=52×5=2 et FE=52×3=56.
À retenir — l’essentiel du chapitre
Projeté de M sur (D) parallèlement à (Δ) : intersection de (D) et de la parallèle à (Δ) passant par M.
La projection conserve le milieu et le coefficient de colinéarité : CE=kAB⟹C′E′=kA′B′.
Thalès : (MN)∥(BC)⟹ABAM=ACAN=BCMN ; réciproque avec l’ordre des points.
Thalès vectoriel : AM=kAB et N projeté de M sur (AC) parallèlement à (BC)⟹AN=kAC et MN=kBC.
Série d’exercices
Exercice 1 — Projection et coefficient de colinéarité Facile★☆☆☆☆
On considère un triangle ABC et le point M défini par AM=43AB. On note M′ le projeté de M sur (AC) parallèlement à (BC).
Montrer que AM′=43AC.
En déduire que MM′=43BC.
Voir la solution
1) On utilise la projection sur (AC) parallèlement à (BC) : A a pour projeté A (car A∈(AC)), B a pour projeté C (la droite (BC) coupe (AC) en C), et M a pour projeté M′.
Comme AM=43AB, la conservation du coefficient de colinéarité donne AM′=43AC.
2)MM′=MA+AM′=−43AB+43AC=43(BA+AC)=43BC.
Exercice 2 — Projections successives Facile★★☆☆☆
On considère un triangle ABC et le point M défini par BM=31BC. On note P le projeté de M sur (AB) parallèlement à (AC), et Q le projeté de M sur (AC) parallèlement à (AB).
Faire une figure.
Exprimer AP en fonction de AB, et AQ en fonction de AC.
Montrer que AM=AP+AQ.
Voir la solution
1) Figure :
2)Projection sur (AB) parallèlement à (AC) : B↦B, C↦A, M↦P. De BM=31BC on tire BP=31BA, donc
AP=AB+BP=AB−31AB=32AB.Projection sur (AC) parallèlement à (AB) : B↦A, C↦C, M↦Q. Donc AQ=31AC.
3)AM=AB+31BC=AB+31(AC−AB)=32AB+31AC=AP+AQ.
(Le quadrilatère APMQ est donc un parallélogramme.)
Exercice 3 — Projection et parallélisme Facile★★☆☆☆
On considère un triangle ABC et les points E et F définis par
AE=21ABetAF=32AC.
On note I le projeté de F sur (AB) parallèlement à (EC), et J le projeté de E sur (AC) parallèlement à (BF).
Faire une figure.
Exprimer AI en fonction de AE.
Exprimer AJ en fonction de AF.
Montrer que AI=31AB et que AJ=31AC.
En déduire que les droites (IJ) et (BC) sont parallèles.
Voir la solution
1) Figure :
2)Projection sur (AB) parallèlement à (EC) : A↦A, C↦E, F↦I. De AF=32AC on tire AI=32AE.
3)Projection sur (AC) parallèlement à (BF) : A↦A, B↦F, E↦J. De AE=21AB on tire AJ=21AF.
4)AI=32×21AB=31AB et AJ=21×32AC=31AC.
5)IJ=IA+AJ=−31AB+31AC=31BC : les vecteurs IJ et BC sont colinéaires, donc (IJ)∥(BC).
Exercice 4 — Rectangle et projections Moyen★★★☆☆
On considère un rectangle ABCD tel que AB=6 et AD=4, et le point M défini par AM=31AC. On note N le projeté de M sur (AB) parallèlement à (BD), et E le projeté orthogonal de M sur (DC).
Faire une figure.
On note C′ le projeté de C sur (AB) parallèlement à (BD). Montrer que AC′=2AB.
En déduire que AN=32AB, puis calculer AN.
Calculer la distance ME.
Voir la solution
1) Figure :
2) La parallèle à (BD) passant par C coupe (AB) en C′ ; alors (CC′)∥(DB) et (DC)∥(BC′), donc DBC′C est un parallélogramme et BC′=DC=AB. D’où
AC′=AB+BC′=2AB.
3)Projection sur (AB) parallèlement à (BD) : A↦A, C↦C′, M↦N. De AM=31AC on tire
AN=31AC′=32AB,AN=32×6=4.
4)(ME)⊥(DC) et (AD)⊥(DC), donc (ME)∥(AD). Dans le triangle CAD, avec M∈(CA) et E∈(CD), le théorème de Thalès donne ADME=CACM.
Or AM=31AC, donc CM=32CA. Ainsi ME=32×4=38.
Exercice 5 — Parallélogramme inscrit Moyen★★★☆☆
On considère un parallélogramme ABCD et le point M défini par AM=41AB. On note N le projeté de M sur (BC) parallèlement à (AC), et P le projeté de N sur (CD) parallèlement à (BD).
Faire une figure.
Montrer que BN=43BC.
Montrer que CP=41CD.
On considère le point Q défini par AQ=41AD. Montrer que le quadrilatère MNPQ est un parallélogramme.
Voir la solution
1) Figure :
2)Projection sur (BC) parallèlement à (AC) : A↦C, B↦B, M↦N. Or BM=BA+AM=BA−41BA=43BA, donc BN=43BC.
3)CN=CB+BN=CB−43CB=41CB.
Projection sur (CD) parallèlement à (BD) : C↦C, B↦D, N↦P. Donc CP=41CD.
4) On exprime tout en fonction de AB et AD, avec BC=AD et CD=−AB :
MN=MB+BN=43AB+43AD.QP=QD+DC+CP=43AD+AB−41AB=43AB+43AD.
Donc MN=QP : MNPQ est un parallélogramme.
Exercice 6 — Thalès et rapports Difficile★★★★☆
On considère un triangle ABC tel que AB=6 et AC=4, et un point M du segment [BC], distinct de B et de C. On note N le projeté de M sur (AB) parallèlement à (AC), P le projeté de M sur (AC) parallèlement à (AB), et on pose t=BCBM.
Faire une figure.
Montrer que BABN=t.
Montrer que CACP=1−t.
En déduire que AN=6(1−t) et AP=4t.
Déterminer t pour que le parallélogramme ANMP soit un losange.
Voir la solution
1) Figure :
2)(MN)∥(AC), avec N∈(BA) et M∈(BC) : d’après le théorème de Thalès dans le triangle BAC, BABN=BCBM=t.
3)(MP)∥(AB), avec P∈(CA) et M∈(CB) : d’après le théorème de Thalès dans le triangle CAB, CACP=CBCM. Comme M∈[BC], CM=CB−BM, donc CBCM=1−t.
4)N∈[AB] et P∈[AC] (car M∈[BC]). Donc :
AN=AB−BN=6−6t=6(1−t)etAP=AC−CP=4−4(1−t)=4t.
5)(AN)∥(MP) et (AP)∥(NM), donc ANMP est un parallélogramme. C’est un losange lorsque deux côtés consécutifs sont égaux : AN=AP, soit 6−6t=4t, d’où t=53.
Le parallélogramme ANMP est un losange lorsque BM=53BC.
Exercice 7 — Réciproque de Thalès Moyen★★★☆☆
On considère un triangle ABC tel que AB=6, AC=9 et BC=8, le point E du segment [AB] tel que AE=2 et le point F du segment [AC] tel que AF=3.
Faire une figure.
a) Comparer les rapports ABAE et ACAF.
b) En déduire que les droites (EF) et (BC) sont parallèles.
Calculer la longueur EF.
Voir la solution
1) On trace le triangle, puis E sur [AB] à 2 de A, et F sur [AC] à 3 de A.
2) a)ABAE=62=31 et ACAF=93=31 : les deux rapports sont égaux.
b) Les points A, E, B sont dans le même ordre que A, F, C (E∈[AB], F∈[AC]), et les rapports sont égaux. D’après la réciproque du théorème de Thalès, (EF)∥(BC).
3) D’après le théorème de Thalès : BCEF=ABAE=31, donc EF=38.