Plan du chapitre. I. Le vecteur dans l’espace — II. Vecteurs colinéaires, points alignés — III. Vecteurs coplanaires, points coplanaires — Résumé.
Prérequis. Vecteurs du plan, relation de Chasles, translation. Convention pour un cube ABCDEFGH :ABCD et EFGH sont deux faces opposées et [AE], [BF], [CG], [DH] sont des arêtes.
I. Le vecteur dans l’espace
1) Rappels : solides usuels et perspective cavalière
Remarque
Cube (6 faces, 8 sommets), pavé droit (6 faces, 8 sommets), tétraèdre (4 faces, 4 sommets), prisme droit à base triangulaire (5 faces, 6 sommets), pyramide à base quadrilatère (5 faces, 5 sommets). En perspective cavalière, la face avant est en vraie grandeur, des arêtes parallèles sont représentées par des segments parallèles et les arêtes cachées sont en pointillés.
2) Définition et égalité de deux vecteurs
Définition 1
Deux points A et B de l’espace définissent le vecteur AB, caractérisé (si A=B) par sa direction (celle de la droite (AB)), son sens (de A vers B) et sa norme∥AB∥=AB. Le vecteur AA est le vecteur nul0.
Propriété 1
Pour tous points A,B,C,D de l’espace : AB=CD⟺ABDC est un parallélogramme (éventuellement aplati) ⟺[AD] et [BC] ont le même milieu. Pour tout point O et tout vecteur u, il existe un unique point M tel que OM=u.
3) Opérations
Propriété 2
Les règles de calcul du plan s’étendent à l’espace : relation de ChaslesAB+BC=AC ; règle du parallélogrammeAB+AC=AD⟺ABDC parallélogramme ; pour α,β∈R : α(u+v)=αu+αv, (α+β)u=αu+βu, α(βu)=(αβ)u ; αu=0⟺(α=0 ou u=0). I est le milieu de [AB]⟺IA+IB=0⟺ pour tout point M, MA+MB=2MI.
Exemple 1
Dans le cube ABCDEFGH, simplifier AB+AD+AE.
Voir la solution
Dans le cube ABCDEFGH : AB+AD+AE=AC+CG=AG (Chasles et AE=CG).
II. Vecteurs colinéaires — Points alignés
1) Définition
Définition 2
Deux vecteurs u et v sont colinéaires si u=0 ou s’il existe k∈R tel que v=ku. Le vecteur nul est colinéaire à tout vecteur.
2) Propriétés
Propriété 3
Trois points A, B, C sont alignés⟺AB et AC sont colinéaires.
Deux droites (AB) et (CD) sont parallèles⟺AB et CD sont colinéaires.
Si A est un point et u=0, la droite D(A;u) passant par A et dirigée par u est l’ensemble des points M tels que AM=tu, t∈R.
Exemple 2
Dans un tétraèdre ABCD, soient I le milieu de [AB] et J le milieu de [AC]. Exprimer IJ en fonction de BC et en déduire la position des droites (IJ) et (BC).
Voir la solution
Dans un tétraèdre ABCD, soient I le milieu de [AB] et J le milieu de [AC]. Alors IJ=IA+AJ=21BA+21AC=21BC : les droites (IJ) et (BC) sont parallèles.
III. Vecteurs coplanaires — Points coplanaires
1) Plan défini par un point et deux vecteurs
Définition 3
Soient A un point et u, v deux vecteurs non colinéaires. L’ensemble des points M tels que AM=xu+yv, (x;y)∈R2, est un plan noté P(A;u;v) ; on dit que (u;v) est un couple de vecteurs directeurs de ce plan. Si A, B, C ne sont pas alignés, (ABC)=P(A;AB;AC).
2) Vecteurs coplanaires
Définition 4
Trois vecteurs u=OA, v=OB, w=OC sont coplanaires si les points O, A, B, C appartiennent à un même plan.
Propriété 4
Si u et v ne sont pas colinéaires : u, v, w sont coplanaires ⟺ il existe (α;β)∈R2 tel que w=αu+βv. Quatre points A,B,C,D sont coplanaires ⟺AB, AC, AD sont coplanaires.
Exemple 3
Dans le cube ABCDEFGH, montrer que A, C, E, G sont coplanaires. Les vecteurs AB, AD, AE sont-ils coplanaires ?
Voir la solution
Dans le cube ABCDEFGH : AG=AC+AE, donc AC, AE, AG sont coplanaires : A, C, E, G sont coplanaires (plan (ACGE)). En revanche AB, AD, AE ne sont pas coplanaires.
3) Parallélisme droite–plan et plan–plan
Propriété 5
Une droite D(A;w) est parallèle au plan P(B;u;v)⟺u, v, w sont coplanaires.
Deux plans P(A;u;v) et P(B;u′;v′) sont parallèles⟺u′ et v′ sont chacun combinaison linéaire de u et v.
Méthode
Montrer que trois points sont alignés : exprimer AB et AC dans une même base (par exemple (AB;AD;AE)) puis exhiber k avec AC=kAB. Montrer que quatre points sont coplanaires : écrire l’un des vecteurs comme combinaison linéaire des deux autres.
Chasles et égalités de vecteurs tirées des parallélogrammes (faces du cube, du pavé, du prisme).
Décomposition dans une base : dans un cube ou un pavé, on exprime tout vecteur en fonction de b=AB, d=AD, e=AE (non coplanaires) ; dans un tétraèdre, de b=AB, c=AC, d=AD. Deux décompositions égales ont les mêmes coefficients : c’est ce qui permet d’obtenir des contradictions.
Tous les résultats ont été contrôlés par calcul exact en coordonnées (Python/sympy, build/verif_lot4.py).
Cadre. Toute réponse doit être justifiée. Pour un cube ou un pavé ABCDEFGH, ABCD et EFGH sont des faces opposées et [AE], [BF], [CG], [DH] sont des arêtes. Pour un prisme ABCDEF, ABC et DEF sont les bases et [AD], [BE], [CF] les arêtes latérales. Difficulté : de ★ à ★★★★★.
Exercice 1 — Calcul vectoriel dans un prisme Facile★☆☆☆☆
Soit ABCDEF un prisme à base triangulaire et I le milieu de [DF].
Simplifier AC+AD.
Simplifier AE+BC.
Soit G le point défini par BG=BE+BC+BA. Montrer que I est le milieu de [GE].
Voir la solution
Dans le prisme, ADFC, ADEB et BEFC sont des parallélogrammes, donc AD=BE=CF, BC=EF et BA=ED.
1.AC+AD=AC+CF=AF (Chasles).
2.AE+BC=AE+EF=AF.
3. Soit K le milieu de [GE] : BK=21(BG+BE)=BE+21(BC+BA). Donc EK=BK−BE=21(EF+ED)=EI car I est le milieu de [DF]. Ainsi K=I : I est le milieu de [GE].
Exercice 2 — Coplanarité dans un pavé Facile★★☆☆☆
Soit ABCDEFGH un pavé droit et I le milieu de [BF].
Les vecteurs CA, DG et DE sont-ils coplanaires ? Justifier.
Les vecteurs AI, DF et HE sont-ils coplanaires ? Justifier.
Voir la solution
1.EGCA est un parallélogramme (rectangle diagonal du pavé), donc EG=AC=−CA. Par Chasles, DG=DE+EG=DE−CA. Le vecteur DG est combinaison linéaire de DE et CA (non colinéaires) : les trois vecteurs sont coplanaires.
2. Dans la base (b;d;e) : AI=b+21e ; DF=DA+AB+BF=b−d+e ; HE=−d. Raisonnons par l’absurde : supposons qu’il existe α,β∈R tels que AI=αDF+βHE. Alors b+21e=αb−(α+β)d+αe, et par unicité des coefficients : α=1 et α=21 : contradiction. Comme DF et HE ne sont pas colinéaires, les trois vecteurs ne sont pas coplanaires.
Exercice 3 — Construction de points, alignement Moyen★★★☆☆
Soit ABCDEFGH un cube.
Identifier les points M, N et R définis par : AM=EF+CH ; AN=AG−BF ; HR=21(AG+HB).
Soient P et Q les points définis par EP=31EH et AQ=31AC, et soient I et K les milieux respectifs de [AE] et [PQ].
a. Montrer que QP=−31AB+AE.
b. Soit J le milieu de [DG]. Exprimer IJ et IK en fonction de AB et AD.
c. En déduire que I, J et K sont alignés.
Voir la solution
1.EF=b et CH=−b+e, donc AM=e=AE : M=E.
AN=(b+d+e)−e=b+d=AC : N=C.
AG+HB=(b+d+e)+(b−d−e)=2b, donc HR=b=HG : R=G.
2. a.QP=QA+AE+EP=−31(b+d)+e+31d=−31AB+AE.
2. b.AI=21e, AJ=21(AD+AG)=21b+d+21e, donc IJ=21AB+AD.
AK=21(AP+AQ)=21(31d+e+31b+31d)=61b+31d+21e, donc IK=61AB+31AD.
2. c.IK=31(21AB+AD)=31IJ : les vecteurs sont colinéaires, donc I, J, K sont alignés.
Exercice 4 — Point défini par une relation Facile★★☆☆☆
Soit ABCDEFGH un cube, I le milieu de [HF] et M le point tel que 2IM=MA.
Montrer que AM=32AI.
Montrer que EM=31EC. Que peut-on dire des points E, M, C ?
Soient J et K les milieux respectifs de [EF] et [BC]. Montrer que JK=−21CE−21CG.
Voir la solution
1.2IM=MA⟺2(IA+AM)=−AM⟺3AM=−2IA=2AI⟺AM=32AI.
2.AI=21(AH+AF)=21b+21d+e, donc AM=31b+31d+32e et EM=AM−e=31(b+d−e). Or EC=b+d−e. Donc EM=31EC : E, M, C sont alignés (M est au tiers de [EC] à partir de E).
3.AJ=21b+e, AK=b+21d, donc JK=21b+21d−e. Or CE=−b−d+e et CG=e : −21CE−21CG=21b+21d−21e−21e=JK.
Exercice 5 — Droites définies par un point et un vecteur Moyen★★★☆☆
Soit ABCDEFGH un cube ; I, J, O sont les milieux respectifs de [AE], [GH] et [CH].
a. Montrer que IJ=AO.
b. En déduire que la droite (IJ) est parallèle au plan (ACH).
Exprimer IJ en fonction de AC et AH.
Identifier les droites D(O;IJ) et D(G;IJ+OF).
Voir la solution
1. a.AI=21e, AJ=21(AG+AH)=21b+d+e, donc IJ=21b+d+21e. Et AO=21(AC+AH)=21(b+d+d+e)=21b+d+21e. Donc IJ=AO.
1. b.O∈(CH)⊂(ACH) et A∈(ACH) donc (AO)⊂(ACH) ; (IJ) est dirigée par AO, vecteur du plan (ACH) : (IJ) est parallèle au plan (ACH).
2. D’après 1.a, IJ=AO=21AC+21AH.
3.D(O;IJ)=D(O;AO) est la droite (AO).
IJ+OF=AO+OF=AF, et AF=DG (ADGF parallélogramme) : D(G;AF) est la droite (DG).
Exercice 6 — Plans définis par un point et deux vecteurs Facile★★☆☆☆
Soit ABCDEFGH un cube.
Identifier le plan passant par G et dirigé par GF et GH.
Déterminer l’ensemble des points M de l’espace tels que AM=xAC+yAE, avec (x;y)∈R2.
Voir la solution
1.GF et GH ne sont pas colinéaires ; le plan P(G;GF;GH) contient G, F et H : c’est le plan (FGH), c’est-à-dire le plan de la face EFGH.
2.AC et AE ne sont pas colinéaires ; l’ensemble cherché est le plan P(A;AC;AE)=(ACE), qui contient aussi G (AG=AC+AE) : c’est le plan (ACGE).
Exercice 7 — Coplanarité Facile★★☆☆☆
Soit ABCDEFGH un cube ; I et J sont définis par EI=31EF et GJ=32GC.
Faire une figure.
Montrer que IJ=32EC+31FG.
En déduire que IJ, EC et FG sont coplanaires.
Voir la solution
1. Figure : I sur [EF] au tiers à partir de E, J sur [GC] aux deux tiers à partir de G.
2.AI=31b+e ; AJ=AG+32GC=b+d+31e ; donc IJ=32b+d−32e. Or 32EC+31FG=32(b+d−e)+31d=32b+d−32e=IJ.
3.IJ est combinaison linéaire de EC et FG (non colinéaires) : les trois vecteurs sont coplanaires.
Exercice 8 — Quatre points coplanaires dans un tétraèdre Moyen★★★☆☆
Soit ABCD un tétraèdre et I, J, K, L définis par : AI=32AB ; BJ=31BC ; CK=32CD ; DL=31DA.
Faire une figure.
a. Exprimer IJ et KL en fonction de AC.
b. En déduire que I, J, K, L sont coplanaires et préciser la nature de IJKL.
Montrer que (BD) est parallèle au plan (IJK).
Voir la solution
1. Figure laissée au lecteur.
2. a.AI=32b, AJ=b+31(c−b)=32b+31c, donc IJ=31AC. AK=c+32(d−c)=31c+32d, AL=d−31d=32d, donc KL=−31AC.
2. b.KL=−IJ, c’est-à-dire IJ=LK : les droites (IJ) et (KL) sont parallèles, donc I,J,K,L sont coplanaires, et IJKL est un parallélogramme (non aplati car L∈/(IJ) : IL ci-dessous n’est pas colinéaire à c).
3.IL=32d−32b=32BD. La droite (BD) est dirigée par un vecteur du plan (IJK) : elle est parallèle à ce plan.
Exercice 9 — Intersection de deux droites Difficile★★★★☆
Soit ABCD un tétraèdre. On définit E, F, G par AE=AB+21AC, AF=32AD−21AC et AG=94AD.
Justifier que E appartient au plan (ABC).
Les points E, C et D sont-ils alignés ? Justifier.
Justifier que les droites (FC) et (AD) sont coplanaires.
Exprimer CG et CF en fonction de AC et AD.
En déduire que G est le point d’intersection des droites (AD) et (FC).
Voir la solution
1.AE=AB+21AC est combinaison linéaire de AB et AC : E∈P(A;AB;AC)=(ABC).
2.CE=b−21c et CD=d−c. Par l’absurde, si CE=kCD, alors b−21c=kd−kc ; par unicité des coefficients, le coefficient de b donne 1=0 : contradiction. Donc E, C, D ne sont pas alignés.
3.AF=32AD−21AC, donc F∈(ACD) ; ainsi A,C,D,F sont coplanaires et les droites (FC) et (AD) sont contenues dans le plan (ACD) : elles sont coplanaires.
5.23CG=−23AC+32AD=CF : C,F,G sont alignés, donc G∈(FC). Et AG=94AD donne G∈(AD). Les droites (AD) et (FC) ne sont pas parallèles (CF a un coefficient non nul sur AC) ; elles ont donc au plus un point commun : c’est G.
Exercice 10 — Plans parallèles dans une pyramide Difficile★★★★☆
Soit PABCD une pyramide de sommet P dont la base ABCD est un parallélogramme. On définit M, N, S par BM=31BP, CN=31CP et AS=32AB.
Montrer que MN et AD sont colinéaires.
En déduire que la droite (MN) est parallèle au plan (PAD).
Montrer que les plans (MNS) et (PAD) sont parallèles.
Voir la solution
On travaille dans la base (b;d;p)=(AB;AD;AP) ; AC=b+d.
1.MN=MP+PN=32BP+32PC=32BC=32AD : colinéaires.
2.(MN) est dirigée par AD, vecteur du plan (PAD) : (MN) est parallèle au plan (PAD).
3.AM=b+31(p−b)=32b+31p et AS=32b, donc SM=31AP. Le plan (MNS) est dirigé par MN=32AD et SM=31AP, deux vecteurs non colinéaires dirigeant aussi (PAD) : les plans (MNS) et (PAD) sont parallèles (strictement, car S∈/(PAD) : AS=32b n’est pas combinaison de d et p).